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LES TROIS VERITES DU JUGE PERRIQUET

Commentaires sur la 7ème audience du procès AZF en appel à Paris.
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Ce mardi 7 février nous a fait connaître un grand moment judiciaire du procès AZF en appel à Paris avec l'audition de M Thierry Perriquet, le second juge d'instruction de la catastrophe AZF. Celui-ci intervenait après Robert Saby, premier commissaire du SRPJ toulousain chargé de l'enquête, qui avait tenu la barre de 13h30 à 19h.

Les deux hommes ont des points communs. Ils n’ont pas travaillé sur toute la durée de l’enquête. Du début jusqu’aux mises en examen pour le policier, du 30 mai 2002 (date contestée par la Présidente) à la fin de l’enquête pour le magistrat instructeur. Et ils ont été promus ou mutés à la fin de leur tâche toulousaine. A Bordeaux pour le commissaire Saby. A Monaco pour le juge Perriquet. Les deux personnalités sont cependant fort différentes. Le juge Perriquet est aimable, sympathique et simple. Il regarde les avocats qui l’interrogent et leur répond en les regardant. Il prolongera son audition par un « bain de foule » serrant les mains, discutant avec les avocats et les parties civiles présentes.

19 heures. Monsieur Thierry Perriquet fait son entrée dans la salle d’audience après avoir poireauté une heure dans le réduit des témoins. La Présidente s’excuse, sans plus, du retard, lui demande de prêter serment et l’interroge : nom, prénom, âge, profession ! « Perriquet, Thierry, … magistrat hésite le témoin qui, ému, oublie de donner son âge.

La Présidente averti : suite à une décision de justice, il est interdit d’interroger le juge sur son ordonnance de renvoi. Cette remarque s’adresserait-elle à l’avocat Hubert Seillan. A l'époque, Directeur de Préventique, il avait fermement critiqué cette ordonnance, écrivant : « Si l'on se souvient que Descartes enseigne que l'efficacité d'un raisonnement tient essentiellement à la manière dont il a été organisé et, si l'on accorde un certain crédit à cette proposition nous devons nous interroger sur la méthode retenue par le juge d'instruction. (...) il a analysé successivement trois hypothèses et il a formé sa certitude par l'élimination des deux premières. Toutefois, la longue et attentive lecture de l'ordonnance de renvoi à laquelle nous nous sommes attelés (...) ne nous a pas convaincu de la qualité de cette démarche. (...) Aucuns des faits se rapportant à cette hypothèse [l'acte intentionnel] n'est contesté, tous sont présentés comme certains. Nous avons du mal à admettre qu'ils aient pu être balayés avec autant de légèreté sinon d'indifférence, par une ou deux formules générales, (…). »

Est-ce la vivacité de l’air de Paris ? Thierry Perriquet qui avait affirmé à Toulouse que la vérité judiciaire n’était pas la vérité scientifique, découvre, dans l’Ile de la Cité, une troisième vérité : la vérité médiatique ! A Huber Seillant, avocat de Messieurs Michel Massou et Laurent Lagarde, parties civiles, qui l’interroge sur ce distinguo, le magistrat précise sa pensée : la vérité judiciaire sort des pièces de l’instruction et est limitée par la procédure, tandis que la vérité scientifique n’a pas de limites. Quant à la vérité médiatique, elle est issue du travail des journalistes. On n’en saura pas plus.

Question de l’Avocat Général. Ce dernier qui venait, lors de l’audition de Robert Saby, de réclamer que l’on « cesse de papillonner » autour de la déclaration du Procureur de la République d’une piste accidentelle à 90% – absente de la procédure – demande à Thierry Perriquet si cela l’avait influencé. Le regardant droit dans les yeux, le juge répond : « Aucune influence, je suis indépendant du Parquet ». Sourire amusé de la présidente.(1)

Le juge sera plus confus en répondant à une question de Maitre Forget, avocat de Madame Mauzac, partie civile, chimiste, directrice de recherche au CNRS et épouse de Alain Mauzac, ingénieur, décédé dans l’explosion, concernant la trace noire (Cf. : Daniel Dissy. L’enquête secrète. Le Mystère de la trace noire). Déstabilisé, hésitant, je n’arrive pas à comprendre s’il a réellement étudié cette trace rectiligne de 30 centimètres de profondeur et 3 mètres de large sortant du cratère ou s’il n’en a rien su, le magistrat use de l’amalgame. Juxtaposant, dans un inventaire à la Prévert, la trace noire avec la lumière bleue, la photo de JC Tirat, l’arbre brulé de la SNPE et les yeux bleus de Jandoubi, il conclue : les yeux noirs de Jandoubi sont devenus bleus sur la photo à cause du reflet du Flash ! Le juge Perriquet s’étonnait que quinze ans après les faits, malgré son travail – dont il est satisfait, sauf la piste islamiste « faite avec les moyens dont on disposait à l’époque », peut-être pas assez profondément fouillée au regard des connaissances actuelles – et celui des policiers et des experts – tous remarquables, si l’on excepte l’expert Barat qui n’a fait qu’un bref passage dans ce dossier (les gardés à vue et les mis-en examen innocents apprécieront cette ellipse à sa juste valeur) – l’on parla toujours « des mystères » d’une affaire, pour lui résolue. Je crains que l’énoncé de son traitement de la trace noire ne lui en donne la raison…

A Maître Carrère, qui lui demandait s’il avait subis des pressions, Thierry Perriquet répond « Vous me désobligez ». L’avocat insiste, reformule sa question. Le magistrat lui tourne le dos et ne répond pas.

Daniel Dissy.
Paris, 9 février 2017.