AZF : Gérard Hecquet explose la piste chimique

Soumis par Daniel Dissy le lun 20/03/2017 - 01:26

Ce jeudi 16 mars 2017, l’audience de la Cour d’Appel pénale de Paris est consacrée à l’audition de scientifiques cités par des parties civiles indépendantes. Au grand dam de ceux qui y croyaient encore, la piste chimique accidentelle a été désintégrée.

Le drame s’est déroulé en 5 actes. 5 monologues. 5 ténors de la chimie à la barre du Tribunal réuni pour écouter ces professeurs et directeurs de recherche de réputation internationale cités par Maîtres Hubert Seillan, Maître de Caunes et la FE-CGC. À la droite du Tribunal, deux Avocats Généraux : Messieurs Crocq et Chassard et un seul expert judiciaire : Monsieur Didier Bergues.

Premier acte. Le Président Bernard Meunier, Président de l’Académie des Sciences, Président du CNRS, portant beau, costume cravate et rosette de la Légion d’Honneur à la boutonnière martèle qu’une catastrophe de cette ampleur et d’une telle complexité nécessitait de faire intervenir un collège d’experts de réputation internationale. Pas des intervenants aux CV qui n’impressionnent pas. Que lorsqu’on fait une expérimentation, le premier point est de vérifier les produits utilisés. Qu’utiliser de l’urée et de l’essence de térébenthine les disqualifie. Qu’ils auraient dû reconnaitre leurs « erreurs » et se démettre.

Deuxième acte. Le Professeur émérite Alain Gleizes de l’Institut National Polytechnique de Toulouse présente sa « reconstitution chimique » de la benne blanche mystérieuse et ses comportements selon qu’elle ait contenu ou non du DCCNa. L’absence d’une coloration jaune vif, semblable à de l’or liquide, et d’une odeur suffocante de chlore prouve sans équivoque que la « benne blanche » n’a pas contenue de DCCNa.

Troisième acte, le Professeur Armand Latte, également docteur en chimie, directeur d’un laboratoire de chimie du CNRS, rappelle que le nitrate d’ammonium très stable nécessite un détonateur de la puissance d’un bâton de dynamique et indique devant des parties civiles médusées que le trichlorure d’ammonium n’explose pas en milieu humide. Il relève l’erreur de méthodologie scientifique des experts qui ont cherché à faire entrer les faits dans les hypothèses. S’insurge contre une expérimentation sans valeur si on ne peut pas la reproduire.

Quatrième acte, Madame Mauzac, ingénieure, également docteur en chimie et directeur d’un laboratoire de chimie du CNRS, nous détaille d’une voix douce et assurée, teintée d’un bien sympathique accent toulousain, le mécanisme de la piste chimique. Celle-ci nécessite trois composants indispensables : du nitrate d’ammonium, du DCCNa et de l’eau en forte quantité. La réaction est impossible entre solides. Le nitrate d’ammonium doit être en solution et le DCCNa aussi. L’eau a un double rôle : solvant et réactif. Elle compare les conditions du tir 24 de l’expert Barat et les conditions du hangar 221 : l’explosion n’est plus possible dans conditions réelles.

L’exposé de Monique Mauzac est parfait, limpide et logique Les questions sont rares. Maître Stella Bisseuil prend la parole pour dire qu’elle ne posera pas de question. L’avocate de l’Association des Familles Endeuillées, en accord avec son client, Monsieur Ratier père de Alain Ratier décédé dans l’usine alors qu’il réparait un ascenseur, ne s s’attaquera pas à la famille d’une victime de la catastrophe. Elle comprend la position de Madame Mauzac, même si elle ne la partage pas. N’ayant pas cette élégance et aucune question à poser sur l’exposé, l’Avocat Général Crocq qui s’en était déjà pris à Madame Mauzac continue de plus belle en s’en prenant cette fois à son défunt mari, André Mauzac, brillant ingénieur diplômé de l’École Nationale Supérieure de Chimie de Toulouse, décédé dans la catastrophe, auquel, reconnait-il, il ne reproche rien ! Étonnant de la part d’un Avocat Général qui, quelques semaines plus tôt, jetait – avec juste raison – l’opprobre sur ceux qui s’en prenaient aux morts d’AZF. Et surprenant d’un Avocat Général dont la fonction est de défendre les victimes. Mais compréhensible d’un partisan de l’accident chimique qui voit sa piste s’écrouler.

Cinquième acte. Gérard Hecquet est ingénieur diplômé de l’École Nationale Supérieure de Chimie de Lille d'où il est sorti Major, professeur en génie chimique, directeur d’un labo de catalyse du CNRS. Il est officier de l’Ordre des palmes académiques. Conseiller scientifique de Total de 2003 à 2006, il a analysé les expériences de l’expert Barat et a découvert malgré les dénégations des experts Barat et Van Schendel que le nitrate d’ammonium utilisé dans leurs expériences était en fait de l’urée. Pour tout remerciement Total l’écartera du procès et ne le citera pas. Dérangerait-il ? À la retraite et libre de sa parole, il vient témoigner à la barre à la demande des parties civiles Michel Massou et Laurent Lagaillarde. Il démontre cinq points dont chacun prouve l’impossibilité de la piste chimique accidentelle telle qu’elle est décrite par les experts judiciaires : l’absence de DCCNa dans le hangar 335 en analysant les prélèvements des scellés ; l’impossibilité d’un mélange intime ou de la formation d’un sandwich par l’extraordinaire manipulation d’une simple planche sur laquelle sont déposés du nitrate d’ammonium agricole, du nitrate d’ammonium industriel et du DCCNA : le DCCNa tombe en dernier ; l’impossibilité d’atteindre les 10,7% d’eau nécessaires par l’étude des bulletins météorologiques et les courbes de rosée ; l’impossibilité d’atteindre les 93°C nécessaires à la détonation.
Du très bon travail. L’exposé de Gérard Hecquet est un véritable coup de massue. L’assistance est sous le choc. On tente de le contrer avec la thèse de Stefania Cagnina, thésarde médaillée de l’INERIS qui affirme que l’explosion d’AZF est due à la piste chimique. Gérard Hecquet balaie l’argument d’un revers de la main : la malheureuse met en jeu du DCCNa gazeux – un produit qui n’existe pas - avec du nitrate d’ammonium réchauffé par le sol du 221. Rires dans l’assistance.

En conclusion Gérard Hecquet lit les lettres de Claude Lion docteur en chimie et expert près de la Cour d’Appel de Paris et de Guy Ourisson membre de l’Académie des Sciences accablantes pour les experts judiciaires. Pour le second, certains passages de l’expert Barat lui aurait valu d’être collé à ses examens.
La Présidente presse Didier Bergues de répondre. Il bredouille. Elle lui propose une confrontation avec Gérard Hecquet, il décline. Puis dans un souffle : « Mais ça a explosé. C’est bien la preuve ! ». Un paralogisme !

La piste chimique accidentelle vient de mourir.

© 2017 Daniel Dissy.
Paris, le 20/3/2017

Voir aussi :
Portrait de Gérard Hecquet

Invalidation de la piste chimique par Gérard Hecquet.